Le budget d’un pays est l’ensemble des dépenses prévues par l’administration dudit pays durant l’année. Au Sénégal, elle est votée au mois d’octobre de l’année précédente (le budget 2017 est votée en octobre 2016). On appelle cela loi de finances. Mais quelles sont les composantes d’un budget? D’où viennent les fonds qui le financent? Comment est-il exécuté? Au profit de qui? Au détriment de qui?

L’économiste Bachir Diop, consultant et Directeur de SAMACOOP nous explique en termes très simples la struturation et l’utilisation du budget 2017 du Sénégal

plfi_2017

Lors de la préparation et du processus de vote du budget de l’état pour cette année 2017, on a entendu tous les superlatifs de record à propos des 3360 milliards prévisionnels en paraphrasant le ministre de l’économie à la tribune de l’assemblée nationale au mois de Novembre 2016.

Cependant les petits esprits que nous sommes sont toujours entrain de chercher là où il y’a record dans la mesure que s’il s’agit du montant, c’est quasi habituel de voir des records tomber chaque année au Sénégal voir dans le monde, à l’exception de l’année 2002, depuis l’an 2000 record il y’a. La hausse du budget entraîne aussi la hausse de toutes ses composantes et là aussi, il n’est point besoin d’être « CAPITAINE OBVIOUS » pour s’en rendre compte. S’il s’agit de l’accroissement relatif, d’autres années comme le passage de 2010-2011 est plus « BOLT-ESQUE ».

Il ne faut pas aussi que ces chiffres donnés de façon brute nous illuminent; 3360 milliards c’est moins que la moitié du budget de renseignement extérieur des USA, c’est dix fois l’équivalent des dotations prévues aux collectivités territoriales en France, c’est le quart du chiffre d’affaires de la compagnie Emirates et à peu près celui de RED BULL.

Même si on nous dira que c’est une mélange de genre, on pourra toujours le comparer à un pays presque semblable au notre, la Côte d’ivoire, qui prévoit un budget et des superlatifs deux fois supérieurs au notre pour une population juste de 60% plus que la notre.

Record aussi, est l’endettement du Sénégal qui est presque au double de ce budget de 2017, soit l’équivalent de 370.000 FCFA par têtes de sénégalais en estimant qu’on soit 14 millions. Bien qu’on ne soit pas au seuil critique de l’UEMOA, c’est-à-dire moins de 70% de ce que le pays produits (PIB). Mais, presque au CAP des 60%, les compteurs devraient commencer à virer à l’orange. On n’est à l’abri d’aucun choc économique qui atteindrait le PIB et nous obligerait à consacrer nos petites recettes au remboursement de dette.

Tiens, Remboursement de dettes, tant qu’on en parle, cette année il est prévu de rembourser presque 200 FCFA sur Chaque 1000 FCFA de ressources collectées par l’Etat ou l’équivalent du tiers des impôts sortis de la poche des citoyens.

Les impôts, qu’ils soient directs ou non seront l’équivalent de 590 FCFA sur Chaque 1000 FCFA de ressources de l’état. Les 410 FCFA restants des 1000 FCFA de chaque ressource sont collectés entre les emprunts (320 FCFA) et d’autres sources (90 FCFA).

La croissance de l’endettement a été favorisée par un niveau d’impôts qui a baissé en 2013 et ne parvient pas encore à atteindre son record de 2012. En principe ceci pouvait être expliquée par la mesure de baisse des impôts sur le revenu qui y a fortement impactée, mais certains « cadeaux fiscaux » n’ont pas permis d’être équilibrée par la hausse de l’impôts sur les bénéfices des sociétés qui a progressaient en même temps de 5 points. A partir de cela la hausse du budget est compensée par les emprunts et autres dons recherchés. Le Paradigme du PSE repose fortement sur l’endettement, ce qui peut être très risqué.

Record aussi, on peut parler des dépenses consacrées à ce budget
selon la même logique. Hormis les 200 FCFA de remboursement de dettes de chaque 1000 FCFA dépensés par l’état, les principales rubriques d’affectation qui restent sont les Salaires des plus de 121.000 agents de l’état pour une allocation de 170 FCFA pour chaque 1000 FCFA de dépenses soit un coût total mensuel salarial de plus de 400.000 FCFA par agents, chiffre qui donnera des maux de tête supplémentaires à certains enseignants éternels demandeurs de hausse salariale. A la décharge de tous le monde que l’enseignement et l’éducation consolidés s’arrogent à eux seuls presque la moitié des salaires des agents de l’état.

Les charges de Fonctionnement (fournitures, communications, voyages…) comptent pour 230 FCFA de chaque 1000 FCFA dépensés, les affectations spéciales de recettes spéciales prévues à hauteur de 30 FCFA sur chaque 1000 FCFA de dépenses et enfin les investissements de l’état (Routes, hôpitaux, Forages etc.…) pour 360 FCFA de chaque 1000 FCFA.

En l’état, chaque Franc dépensé du budget est une source de croissance : les salaires par la consommation et l’épargne réinvestis, les dépenses de fonctionnement et d’investissement par la commande publique. Toutefois les dépenses d’investissement on un impact plus durable dans la souveraineté de l’état (économie, sécurité, santé, éducation…).

Les dépenses de l’état par la force des choses traduisent qu’elles le veuillent ou non l’orientation de celui-ci. Ses allocations par secteur stratégique trahissent ses priorités. Pour le Budget 2017 l’enseignement au sens global s’octroie presque 230 FCFA sur chaque 1000 FCFA dépensés avec une forte prépondérance à l’investissement pour l’enseignement supérieur et professionnel. Le seul point noir subsiste à la faible priorité du pays dans la recherche qui consacre à l’agence qui le matérialise à une part de 0,023% des dépenses de l’état ou 0,000078% du PIB et traduit notre éternel attitude à ne pas vouloir réinventer la roue et de rester un pays extraverti. En guise d’exemple les pays en voie de développement consacrent plus de 1% de leur PIB à la recherche (tous secteurs compris) et ceux développés atteignent plus de 2% du PIB.

La sécurité et la défense du pays absorbent 90 FCFA de chaque 1000 FCFA dépensés, ce qui est tout à fait normal du fait de l’environnement d’insécurité interne comme externe qui guette notre pays. Le sport et la culture font moins de 10 F sur chaque 1000 F dépensés quand on sait qu’il y’a une promesse électorale non encore tenu qui plane sur le sport depuis 2012.

Les secteurs vitaux tels que les infrastructures, l’habitat, l’emploi, l’hydraulique et l’agriculture prennent chacun dans les 50 FCFA de chaque 1000 FCFA dépensés.
La santé, quand à elle est astreint à 49 FCFA de dépenses sur chaque 1000 FCFA du « trésor de survie » dont juste la moitié est destiné aux investissements. Chacun peut l’interpréter comme il le souhaite, mais ce niveau faible de l’investissement en santé de notre état prouve que ceux qui décident de ces choix, se soignent quand ils sont malades. Il ne sert à rien à une personne de construire une gratte ciel façon « BURJ KHALIFA » quand ta famille ne peut pas se soigner si elle est malade.

Enfin pour finir, le fonctionnement de nos institutions coûte 47 FCFA de chaque 1000 FCFA dépensées ou l’équivalent de 429 millions de FCFA par jour dont presque la moitié pour la présidence de la République qui, il faut le souligner, concentre certaines structures ou agence d’autre secteur (sécurité, infrastructure, etc…).

En tout état de cause, il faut aussi rappeler qu’un budget n’est que prévisionnel, c’est-à-dire une estimation basée sur plusieurs paramètres économiques et l’historique des années passées. En cours d’exécution, quasiment toutes les années, des rectifications sont apportées et revotées par l’assemblée nationale.
En fin d’année la plupart des prévisions surtout de recettes sont pour certains atteintes, pour d’autres non. C’est pourquoi les régies financières (Impôts et Douane) sont l’un des démembrements de l’état les plus soumis à des objectifs et mis sous pression permanentes.

Bachir DIOP
Diplômé d’économie
bachirdiop.diop@gmail.com

Télécharger :

  1. loi-de-finances-2017
  2. projet-de-loi-de-finances-2017-details
Publicités