Le 18 décembre 1962, Mamadou Dia, président du Conseil du Sénégal (chef du gouvernement) est arrêté à son domicile, la Résidence de Médina (actuelle Maison de la Culture Douta Seck). Il est accusé de tentative de coup d’Etat pour renverser le président de la République d’alors, Léopold Sédar Senghor.

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Mamadou Dia, contrairement à Senghor, était un grand partisan du « rejet révolutionnaire des anciennes structures » et d’une « mutation totale qui substitue à la société coloniale et à l’économie de traite une société libre et une économie de développement« . Il défendait entre autres la diversification de la production agricole du Sénégal avec une réduction planifiée de la culture arachidière, un rapprochement avec l’URSS, la Chine… Ses positions dérangeaient Senghor et ses alliés français.

Mamadou Dia avait aussi décidé de plafonner les salaires de certains agents, notamment les ministres et députés. Ces derniers souhaitaient s’octroyer une augmentation de salaire. Face à son refus, des députés déposent une motion de censure pour renverser son gouvernement. Mamadou Dia s’oppose à cela et demande aux députés de le confronter d’abord devant le conseil national de l’UPS (Union progressiste sénégalaise, devenue Parti Socialiste en 1976). « Si je suis mis en minorité, nous n’aurez pas besoin de motion de censure, je démissionnerai sur le champ » avait dit Dia. La décision peut sembler anti-démocratique puisque Dia mettait l’instance du parti avant l’institution parlementaire, mais dans le contexte du parti unique, cela se comprenait.

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Le 17 décembre 1962, l’Assemblée Nationale devait donc se réunir pour observer la motion de censure. Mamadou Dia, avec l’accord de Senghor, envoie la gendarmerie bloquer le parlement pour empêcher la tenue de la séance. Senghor profite de cette sitaution pour crier au coup d’Etat et nommer de nouveaux chefs militaires. De son côté, Lamine Guèye, président de l’Assemblée Nationale, convoque les députés à son domicile pour y tenir la séance et voter la motion de censure. Le lendemain, Mamadou Dia et quatres ministres ( Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Sarr, Joseph Mbaye et Alioune Tall) sont arrêtés. Il seront jugés devant la Haute Cour de justice du Sénégal du 9 au 13 mai 1963.

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Alors que le procureur général Ousmane Camara ne requiert aucune peine, Mamadou Dia est condamné à la peine d’emprisonnement à perpétuité. Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Sarr et Joseph Mbaye ont eux écopé de 20 ans de prison ferme et Alioune Tall de 5 ans de prison ferme. Ils sont tous envoyés à la prison spéciale de Kédougou. Alioune Tall a totalement purgé sa peine, Ibrahima Sarr et Valdiodio Ndiaye sont eux libérés à la faveur d’une grâce présidentielle pour raison de santé respectivement en 1971 et 1974. Mamadou sera aussi grâcié en 1976. Il est sorti de prison très malade avec un œil qui ne voyait presque plus.

Mamadou Dia est resté tout de même actif en politique en créant un nouveau parti en 1981 mais n’aura pas le succès espéré. En 1994, alors que les leaders de l’opposition, Abdoulaye Wade, Landing Savané, etc.) observent une grève de la faim depuis la Maison d’arrêt et de correction de Reubeuss (Dakar) où ils sont détenus, Mamadou Dia, malgré son état de santé et son âge (84 ans à l’époque), décide de jeûner pour les soutenir.

De son procès, Ousmane Camara a dit dans son autobiographie : « Je sais que cette haute cour de justice, par essence et par sa composition (ndlr : on y retrouve des députés ayant voté la motion de censure), a déjà prononcé sa sentence, avant même l’ouverture du procès (…) La participation de magistrats que sont le Président (Ousmane Goundiam), le juge d’instruction (Abdoulaye Diop) et le procureur général ne sert qu’à couvrir du manteau de la légalité une exécution sommaire déjà programmée ».

Le général Jean Alfred Diallo, désigné chef d’Etat Major Général des Armées par Senghor et dont les hommes ont procédé à l’arrestation de Mamadou Dia dira 30 après les faits : « Mamadou Dia n’a jamais fait un coup d’état contre Senghor … l’histoire du coup d’état, c’est de la pure fabulation ». 

Papa Ismaila Dieng @aliamsi

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