Selon plusieurs sources, l’Union Africaine aurait choisi les présidents Macky Sall du Sénégal et Denis Sassou-Nguesso du Congo pour tenter une médiation dans la crise post-électorale au Gabon. Depuis l’élection présidentielle du du 27 août, le président sortant Ali Bongo Ondimba et l’opposant Jean Ping se sont proclamés vainqueurs du scrutin. Les manifestations de protestation, suite aux résultats publiés par la CENAP et donnant Bongo victorieux de 5.000 voix, ont déjà fait plusieurs victimes et blessés. Seulement pour l’opposant Jean Ping, ces deux hommes ne sont pas assez neutres pour être des médiateurs.

D’abord pour Macky Sall, il faut rappeler le flop qu’avait été sa médiation lors du coup d’Etat du général Gilbert Diendéré au Burkina Faso en 2015. L’accord de paix qu’il était supposé avoir obtenu avait remis le feu aux poudres après son départ. N’eût été le rapport de force qui a penché en faveur des militaires loyalistes avec l’appui des populations civiles, cela se serait terminé par un bain de sang.

Il y a ensuite les soupçons de financement de sa campagne électorale de 2012 par le clan Bongo. Les connexions entre Macky Sall et la classe dirigeante gabonaise sont bien établies. On peut citer entre autres l’homme d’affaires Seydou Kane, sénégalais naturalisé gabonais, Abdoulaye Sally Sall, ministre conseiller de Macky Sall et responsable de l’Alliance Pour la République (APR, parti présidentiel au Sénégal). D’ailleurs ce dernier avait été arrêté en 2009 alors qu’il était porteur d’une lettre de soutien à Macky Sall signé du président gabonais d’alors, Oumar Bongo Ondimba. Il avait été relâché, la police sénégalaise n’ayant pas trouvé de preuve suffisante pour asseoir l’accusation de blanchiment d’argent (au Sénégal, les partis politiques et les candidats n’ont pas le droit de recevoir des fonds d’un autre Etat). Toutes ces accointances ont de quoi faire peur à l’opposant Jean Ping qui réclame au moins un recompte des votes et au plus le retrait pur et simple d’Ali Bongo.

sas
Seydou Kane et Abdoulaye Sally Sall

Pour Denis Sassou-Nguesso, l’équation est plus simple : il est le dernier beau-père d’Oumar Bongo Ondimba. Sa fille Edith (décédée en 2009, quelques mois avant ce dernier) a été la première dame du Gabon pendant 19 ans.

bongo
Edith Bongo née Sassou-Nguesso en campagne électorale avec le Président Oumar Bongo Ondimba.

 

Si on y ajoute le background du personnage Sassou-Nguesso, on comprend mieux les réticences de Jean Ping. De 1979 à nos jours, la seule élection transparente organisée par le président congolais a été en 1992 et il avait été battu. Il est revenu au pouvoir comme il l’avait fait en 1979 : par les armes provoquant cette fois-ci une guerre civile entre sa milice, celle du Président Pascal Lissouba et celle du Premier Ministre Bernard Kolela. Depuis, son règne est ponctué d’assassinats, de disparitions forcées et d’emprisonnements d’opposants. On verrait mal cet homme venir demander à quelqu’un de respecter la voix des urnes.

Pour l’instant, aucune voix officielle n’a confirmé le choix porté sur ces deux médiateurs. S’il venait à l’être, tout laissera croire que ce sera une mission vouée à l’échec dès le départ.

Publicités