Au Sénégal le débat sur qui est journaliste et qui ne l’est pas fait rage dans les différentes rédactions et associations. Il faut reconnaître que ceci est exacerbé par l’explosion des sites dits d’information, la prolifération des écoles de formation et le recrutement de personnel non formé dans ces écoles. Mais au final qu’en disent les textes?

Au Sénégal, la Convention Collective des journalistes professionnels et techniciens de la communication sociale stipule en son article premier que :

Le journaliste ou technicien de la communication sociale est celui qui a pour occupation principale et rétribuée, l’exercice de sa profession dans une agence d’information, une entreprise ou un service de presse, publique ou privée, écrite, parlée ou filmée, quotidienne ou périodique, ou tout autre établissement engageant des professionnels de l’information et de la Communication sociale, l’Université et les grandes écoles comprises.

Il sera exigé à tout journaliste et technicien de la communication un diplôme professionnel reconnu par l’Etat.

Convention Collective des journalistes professionnels et techniciens de la communication sociale, Article Premier

Cette convention date tout de même de 1973; ce qui explique qu’on y trouve pas expressément indiqué la presse en ligne par exemple. Elle est également en total déphasage avec l’Observation générale no 34 du Comité des droits de l’homme des Nations-Unies. Cette observation vient détailler l’application de l’Article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme :

Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.

Lors de sa 102e session réunie en juillet 2011 à Genève, le comité dit dans le paragraphe 44 de cette observation que :

« Le journalisme est une fonction exercée par des personnes de tous horizons, notamment des reporters et analystes professionnels à plein temps ainsi que des blogueurs et autres particuliers qui publient eux-mêmes le produit de leur travail, sous forme imprimée, sur l’internet ou d’autres manières, et les systèmes généraux d’enregistrement ou d’octroi de licence pour les journalistes par l’Etat sont incompatibles avec le paragraphe 3… »

Observation générale no 34, Article 19, Paragraphe 44.

Comme on peut le constater, le journalisme passe de métier à une fonction simple. Il n’est donc clairement plus question d’obtenir un diplôme ou d’exercer dans une rédaction pour être journaliste. Peu importe que l’on s’identifie comme blogueur ou pas, ou le support utilisé, il suffit d’être dans la production d’information, désignée dans ce texte comme « leur travail ». Seulement, comme dans tous les pays du monde, la pratique de cette fonction/profession/métier est assujettie à la délivrance d’un document officiel permettant de profiter des avantages du journalisme. Cela est fait le plus souvent sous la forme d’une carte de presse.

Au Sénégal, la délivrance de ce sésame est conditionnée à la détention d’un diplôme d’une école de journalisme ou d’ingénieur reconnue par l’Etat ou alors d’une expérience de dix ans dans un organe de communication sociale sanctionnés par une commission de validation des acquis de l’expérience. Ces dispositions sont également reprises dans le Code de la presse en gestation depuis quelques années pour réviser la convention collective de 1973 mais les dix ans passeront à deux ans. Pour autant, ces conditions ne recoupent pas les propositions de l’Observation générale no 34 du Comité des droits de l’homme des Nations-Unies. En effet, elle dit toujours dans son paragraphe 44 que :

« ..Les régimes d’accréditation limitée peuvent être licites uniquement dans le cas où ils sont nécessaires pour donner aux journalistes un accès privilégié à certains lieux ou à certaines manifestations et événements. Ces régimes devraient être appliqués d’une manière qui ne soit pas discriminatoire et soit compatible avec l’article 19 et les autres dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, en vertu de critères objectifs et compte tenu du fait que le journalisme est une fonction exercée par des personnes de tous horizons ».

Observation générale no 34, Article 19, Paragraphe 44.

Bien que ce paragraphe donne la liberté aux Etats membres de poser des conditions à la délivrance d’une carte de presse, il précise qu’elles ne doivent pas être discriminatoires. Ainsi la carte de presse doit être accessible à toutes les catégories cités dans la première partie du paragraphe 44.

Il faut juste signaler que les observations du Comité des Droits de l’Homme des Nations-Unies ne sont pas contraignantes. Toutefois les Etats membres sont encouragés à les adopter dans leur législation.

Télécharger ici :

1 . CONVENTION COLLECTIVE DES JOURNALISTES ET TECHNICIENS DE LA COMMUNICATION SOCIALE DU SENEGAL

2.Comité des droits de l’homme – Observation général n°34

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