Le Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA) a publié son rapport sur l’Analyse de la couverture médias du référendum du 20 mars 2016. Cette étude s’est sur un échantillon de cinq (05) radios (RSI, RFM, Zik FM, SudFM et Rewmi FM), cinq (05) chaînes de télévisions (RTS, 2STV, TFM, WALF TV et SENTV), de dix (10) journaux quotidiens (L’As, Direct Info, L’Observateur, Le Populaire, Le Quotidien, EnQuête, Le Soleil, Sud Quotidien, La Tribune et Walf Quotidien) et de cinq (05) sites internet (Dakaractu.com, leral.net, Ndarinfo.com, Pressafrik.com et Seneweb.com). Dans chaque catégorie, le média dit « d’Etat » a été sélectionné à l’exception des sites « pure players » où il n’en existe pas.

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Télécharger le rapport complet —>> CNRA Analyse Couverture Médias REFERENDUM 2016

La première remarque est le comportement des médias d’Etat (RTS, Radio Sénégal, Le Soleil). Si le quotidien Le Soleil accordé le tiers de ses publication sur le référendum au camp du NON et les deux-tiers à celui du OUI, la RTS et Radio Sénégal ont de leur côté tout simplement ignoré l’existence du NON. Le faible temps d’antenne réservé à la campagne dans ces deux derniers médias s’explique par le fait qu’il n’inclut pas les reportages sur les activités du Chef de l’Etat, des membres du gouvernement ou encore les focus sur les réalisations du gouvernement (Mame Mbaye Niang, ministre de la jeunesse qui va distribuer des financements de l’ANPEJ avec une casquette « Je Vote OUI » n’est pas décompté, ndlr).

Globalement la répartition générale a été assez équilibrée pour ce qui concerne la radio (OUI : 51,21% – NON 47,68%), la télévision (OUI : 52,26% – NON 46%) et la presse écrite (OUI : 57,08% – NON 35,32%); même si pour cette dernière il faut noter un écart de 12 points entre les temps ou espaces accordés aux deux camps.

CNRA - COUV

Pour les sites internet, l’écart est encore plus large puisque près des deux-tiers des articles ont été consacrés au camp du OUI. De même, 93% des insertions publicitaires était commanditées par le OUI.

S’agissant maintenant de la répartition selon les partis et courants politiques, il est évident que la coalition Bennoo Bokk Yaakar, porteuse du OUI, a eu droit à plus de visibilité. L’Alliance Pour la République (APR, parti présidentiel) et son leader le président de la République trustent 25,77% des diffusions télévisées, 29,37% des diffusions radiophoniques, 27,68% des articles de presse écrite et 37,18% des articles sur internet. 88,55% des vidéos sur les sites d’information étaient favorables au OUI, les 60% allant à l’APR.

Le financement des partis politiques et le contrôle des fonds de campagne en question.

Pour le CNRA, « le rôle de l’argent dans l’utilisation à outrance des médias, durant ce référendum, a été patent ». L’utilisation disproportionnée des moyens financiers a beaucoup influé sur la répartition des temps d’antenne et de diffusion. A titre d’exemple, l’écart entre les temps accordés aux deux camps par la TFM s’explique en grande partie par le fait qu’elle avait gagné le marché des publi-reportages du camp du OUI. Elle a diffusé en direct la plupart de leurs activités.

Ce rôle central de l’argent est dû à l’absence d’un cadre législatif encadrant les flux financiers utilisés dans les partis politiques et les campagnes électorales. L’organe de régulation pense que ce manquement constitue un écueil à la bonne exécution de la mission qui lui est dévolue. Pour y remédier, le CNRA préconise le vote de la loi sur le financement des partis politiques; un vieux débat que les politiques eux mêmes évitent.

Il est donc urgent, aujourd’hui, de voter la loi sur le financement des partis politiques, car au delà de la maîtrise de leurs sources de financement, cette loi, en évitant le recours aux sources de financement illégales, va permettre, grâce au financement public, d’instaurer la transparence dans la vie politique, l’équilibre et l’équité dans le jeu électoral et de se rapprocher des critères de bonne gouvernance.

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