Le procès d’Hissène Habré s’étire et, au fil des auditions, la salle d’audience n° 4 du Palais de justice de Dakar désemplit. Pour la mise en accusation d’un tel dictateur, on aurait pu s’attendre à des files d’attente quotidiennes, des audiences comble. De juillet 2014 à mars 2015, le procès de Karim Wade, le fils de l’ancien président sénégalais, avait charrié les foules. Celui du Tchadien Hissène Habré va les chercher virtuellement : c’est un procès connecté.

Ses acteurs évoluent dans un décor d’apparat. Les hermines et robes rouges des magistrats tranchent avec les silhouettes des gardes d’Habré et des gendarmes qui arpentent la salle. L’ex-dictateur, immobile, muré dans son silence et le visage enveloppé dans son chèche blanc, ne rechigne pas à la mise en scène. A chacune de ses deux sorties quotidiennes, vers 12 h 30 et 17 h 30, une dizaine de partisans applaudissent à tout rompre.

Les juges du procès Habré
Les juges du procès Habré Crédits : Dessin de Jean-Pierre Bat

Dans la salle hexagonale, le dispositif de diffusion de sons et d’images est digne des grands procès historiques. Un écran surplombe les trois juges de la chambre, conformément au procédé de la preuve par l’image, inauguré à Nuremberg en 1945 et qui offre au 21e siècle une possibilité supplémentaire : les visioconférences.

Toutes les audiences sont enregistrées par la Radio-Télévision sénégalaise (RTS). Six spots illuminent la pièce tandis que quatre caméras suivent les moindres mouvements des témoins, des magistrats, des avocats ou du public. L’enregistrement ne vise pas seulement à conserver « une trace pour l’histoire », comme pour les procès de collaboration en France (Barbie, Touvier, Papon), il permet aux curieux desuivre les audiences en streaming sur YouTube et le site des Chambres africaines extraordinaires (CAE). 250 000 personnes s’y sont connectées.

Une équipe tchadienne est également chargée d’organiser la retransmission pour TV Tchad, avec un décalage d’une heure ou deux. A N’Djamena, les membres de l’association des victimes d’Hissène Habré se réunissent quotidiennement pour partager cet instant de communion judiciaire devant leur petit écran collectif.

Les cliquetis des ordinateurs

Si les captations privées de sons ou d’images sont interdites dans la salle d’audience, n’importe qui dans le public peut se connecter et tweeté en direct. Des flancs de la pièce où sont situés les bancs des journalistes résonnent les cliquetis des ordinateurs. Parmi eux, Papa Ismaël Dieng (@aliamsi) est considéré comme une des meilleures sources pour suivre le procès sur Twitter et Facebook. Une dizaine de jeunes étudiant-e-s sénégalais en droit couvrent aussi le procès pour TrustAfrica, un consortium de fondations qui publie en anglais les comptes rendus des débats.

Human Rights Watch, artisan de l’affaire Habré, tient en direct un blog bilingue, français et anglais, et tweete les principaux événements. Malgré le silence officiel de l’ancien dirigeant tchadien, ses partisans répliquent également en temps réel sur la toile, de manière virulente. Hisseinhabre.com, accompagné de son compte Twitter, fonctionne comme le site officiel de la défense de l’ex-président. D’autres comptes tweeters pro-Habré complètent ce dispositif comme@DefenseHabre ou@nonproceshh, avec chacun un nombre très limité de followers.

La diffusion des échanges sur les ondes et sur le web a ses inconvénients. Quand la tension est montée dans la salle avec l’audition des femmes victimes de viols à Ouadi-Doum, le débat s’est poursuivi et démultiplié avec virulence sur la toile où ont fusé les attaques ad hominem. Un témoin s’en plaint à la chambre en préambule de sa déposition, le 26 octobre.

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