Le président Macky Sall a réaffirmé il y a quelques semaines, sa volonté de convoquer à un scrutin référendaire devant porter sur la réduction du mandat présidentiel entre autres questions. Ce référendum, si simple à première vue, renferme beaucoup de pièges à éviter autant du côté de ceux qui sont pour que de ceux qui sont contre.

Pour valider la question du mandat présidentiel de cinq ans ou de sept ans il y avait deux possibilités : soit une modification constitutionnelle ou une démission du président au bout de cinq ans. Le président de l’Assemblée Nationale, assurant l’intérim, est tenu d’organiser des élections sous quatre vingt dix (90) jours. Le second cas étant exclu, il reste alors la modification constitutionnelle avec là aussi deux possibilités : la voie parlementaire ou la voie référendaire.

La première possibilité devait a priori être facile vu la domination écrasante de la mouvance présidentielle à l’Assemblée Nationale. Sauf que voila, des rebelles sont sortis trop tôt du bois pour annoncer qu’ils voteraient contre une proposition de loi avec pour objet la réduction du mandat courant du président de la République. Pour ces députés, avec comme figure de proue Moustapha Cissé Lô, Macky Sall a été élu pour sept ans par une grande majorité des sénégalais (65,8%). En votant pour Macky Sall, « les sénégalais ont exprimé leur volonté de le voir diriger le Sénégal pendant sept ans » ne cessent-ils de marteler. Seulement, ces députés omettent de dire que la réduction du mandat présidentiel de sept ans à cinq ans est une promesse électorale du candidat et que les sénégalais l’ont élu pour tenir ses promesses. Toujours est-il que la sortie de ces députés a fermé la voie parlementaire au président Macky Sall. Car dans ce contexte, envoyer son projet de loi au parlement serait mal perçu par les sénégalais. En effet, cela pourrait être considéré comme un manque de volonté de tenir l’engagement de réduire son mandat. Celle ci étant écartée, il ne lui reste alors que le référendum. Là aussi se cachent plusieurs pièges.

D’abord il y a la position de son camp : la majorité des responsables de l’Alliance Pour la République (APR, parti de Macky Sall) est contre la réduction du mandat. Certains, comme le ministre de la Jeunesse et de l’Emploi Mame Mbaye Niang, ont d’ores et déjà annoncé qu’ils appelleront à voter contre la réduction du mandat en cours en utilisant le même argumentaire que les députés frondeurs. Le piège ici est que le NON à la réduction l’emporte. Cela permettrait certes à leur candidat de rester au pouvoir jusqu’en 2019, mais ce serait tout de même un désaveu pour lui. Perdre une élection, quelle qu’elle soit, est toujours mauvais pour un président. Ce sera un argument de plus pour ses opposants. Certains se plairont même à lui rappeler que le Général De Gaulle avait démissionné après sa défaite au référendum de 1969.

Sur un autre plan, le piège pourrait être le texte à voter par les Sénégalais. On peut d’emblée écarter un référendum uniquement sur la réduction du mandant. « Ce référendum va permettre une révision de la Constitution, d’abord sur le mandat et ensuite sur quelques autres aspects pour consolider notre démocratie » a déclaré le président Macky Sall. Ainsi donc, la question du mandat pourrait être noyée dans une foule d’autres questions ayant trait à la réforme des institutions. Ce qui permettrait de pouvoir lui donner une partie mineure dans ce référendum. Dans ce cas, Macky Sall et son camp auront l’opportunité de mettre la réduction du mandat en opposition avec les autres points de la loi référendaire. Les sénégalais seraient ainsi dans la posture de choisir entre laisser le mandat à sept ans et adopter d’autres changements plus importants ou alors réduire le mandat et rejeter les autres propositions plus intéressantes. En tout état de cause, le grand piège reste la rédaction de ce projet de référendum. Tant que le texte n’aura pas clairement spécifié que le mandat en cours tombe sous le coup de la réforme, Macky Sall aura toujours un mandat de sept à exécuter à la tête du Sénégal. Par la suite, s’il le souhaite, il serait dans la même posture qu’Abdoulaye Wade en 2012 et pourrait ainsi bénéficier de sa jurisprudence pour briguer un troisième mandat.
Mais avant d’en arriver là, plusieurs questions restent en suspens, dont la principale : Macky Sall veut-il vraiment de cette réduction du mandat présidentiel ? Il est devenu très intéressant, pour les amoureux de la chose politique, d’observer ce dernier jouer aux équilibristes pour satisfaire et son camp politique et les sénégalais qui l’attendent sur la tenue de cette promesse électorale sans pour autant se casser les dents.
Papa Ismaila Dieng

Publicités