Il convient de faire quelques rappels en guise d’introduction.
En décembre 1967, à Dakar, dans le cadre du Congrès International des Africanistes, j’avais fait adopter la résolution suivante : Résolution sur le péril atomique en Afrique

Pr Cheikh Anta Diop
Pr Cheikh Anta Diop

« Le Congrès considère qu’il est de son devoir d’attirer l’attention des autorités politiques et des cadres scientifiques africains sur l’activité fébrile qui est déployée en ce moment par l’Afrique du Sud pour fabriquer des armes atomiques, des fusées à étages pouvant véhiculer des ogives nucléaires, des armes chimiques et bactériologiques ; il estime que de tels faits sont de nature à mettre en péril l’avenir du continent africain, que tout projet individuel, collectif ou national qui ne tient pas compte de ce nouveau facteur est insensé.
Demande que les responsables politiques africains prennent à temps les mesures préventives qui s’imposent en liaison, au besoin, avec les cadres scientifiques africains, que l’opinion internationale soit alertée. »
Ce texte, Radio Sénégal n’avait pas cru utile de le lire intégralement à l’époque. Un résumé très succinct en fut fait au journal parlé de vingt heures, le jour de la clôture du Congrès. L’hebdomadaire Jeune Afrique le résuma aussi dans son numéro 367 du 21 janvier 1968 page 17.
Auparavant, dans le numéro 240 du 11 juillet 1965 du même hebdomadaire, Jeune Afrique, nous écrivions dans le cadre d’un long article intitulé « l’Afrique, la Chine et les U.S.A. » :
« La minorité leucoderme d’Afrique du Sud pourrait prendre le continent noir à revers. Pendant qu’il est encore temps, on ne saurait trop attirer l’attention des Africains sur les préparatifs de guerre et de résistance de l’Afrique du Sud. Le premier réacteur atomique (Safari) de ce pays est en service depuis plusieurs années….L’Afrique du Sud est suffisamment équipée sur le plan technique, pour fabriquer des bombes atomiques au plutonium, à détonation par implosion.
La séparation physique des communautés préalablement réalisée dans le cadre de l’apartheid, rendrait possible un génocide sans bavure. L’Afrique du Sud s’organise fébrilement sur le plan militaire pour résister à l’ensemble du continent noir. On espère que le danger sera perçu à temps. »
Dans le N°49 du 20 septembre au 30 octobre 1971 de l’ancien bimensuel Africasia, nous reprenions et développions le même thème dans le cadre d’un article intitulé « Menace nucléaire sur l’Afrique » : le monde venait d’apprendre que l’Afrique du Sud avait mis au point avec la complicité de l’Occident (la firme allemande Steag, en Allemagne Fédérale) un procédé révolutionnaire de séparation isotopique de l’uranium 235 à des fins civiles et militaires. Cela voulait dire que Pretoria pouvait potentiellement accéder à l’arme nucléaire la plus difficile à réaliser sans être obligée de disposer d’un réacteur atomique au préalable.
Nous disions dans cet article : « Lorsque l’Afrique du Sud aura mis la dernière main à son arsenal nucléaire et thermonucléaire, elle sera prête à parler un tout autre langage à toute l’Afrique Noire. Tous ceux qui ont cru à la vertu du dialogue auront alors des éléments de réponse, et ceux qui croyaient au salut individuel pourront aussi faire leurs comptes.
Si l’Afrique Australe échappait à notre contrôle, c’est comme si la terre se dérobait sous nos pas. Peut-être l’Afrique Noire ne disparaitrait-elle pas entièrement, mais de nombreux peuples africains seraient anéantis.
L’Occident impérialiste joue aujourd’hui à fond la carte Sud-africaine pour prendre une revanche discrète sur les mouvements de libération nationale africains. Pour protéger le sanctuaire qui garantit la pérennité de l’étalon-or, base de l’économie occidentale. »
Dans le N° 141 de Notes Africaines d’octobre 1974, éditée par l’IFAN, est publié sous le titre Perspectives de la recherche scientifique en Afrique, le texte de la conférence que le doyen de la Faculté des Sciences m’avait demandé de faire à l’ouverture du Congrès de l’A.S.O.A.(Association Scientifique Ouest Africaine) le danger nucléaire Sud-Africain fut parmi les sujets abordés
Dans le numéro zéro de SIGGI, dans le cadre de l’article intitulé « Les raisons d’un engagement », nous avons à dessein polarisé l’attention des lecteurs sur le fait que devant la pression politique des masses africaines, l’Afrique du Sud allait faire les bouchées doubles pour arriver à construire la bombe atomique bien avant la mise en service de ses réacteurs de puissance ou de ses centrales atomiques, et que seule une action militaire concertée, conduisant à une libération immédiate de cette partie de notre continent pourrait nous mettre à l’abri d’une guerre atomique dans les prochaines années : thème que nous avions développé aussi dans la préface du livre de Mario de Souza Clington : « Angola libre » (Gallimard)

LA SECURITE PRECEDE LE DEVELOPPEMENT
Nous avons fait ce long rappel pour montrer que l’intelligentsia ne doit pas attendre de recevoir les évènements comme des tuiles sur le crane pour les prendre en considération.
Le danger atomique Sud-africain paraissait inexistant ou si lointain qu’il ne semblait concerner notre génération et l’on croyait qu’il n’était pas opportun de l’inclure dans un programme politique réaliste.
Le rêve est devenu réalité sans que nous ayons su mettre à profit le temps précieux qui s’est écoulé pour nous préparer à faire face à l’évènement.
L’expérience sera souterraine ou atmosphérique ou sur pylône dans ce dernier cas, les seront encore plus désastreux.
Comment l’opinion africaine a-t-elle été informée de l’imminence de l’entrée l’Afrique du Sud au club Atomique ? C’est l’Union Soviétique qui, à la suite d’observations par satellite, a révélé le danger au monde entier, plongeant ainsi l’Occident impérialiste dans la confusion. Cela appelle deux remarques : une fois de plus nous constatons que la sécurité le développement ; un continent qui ne peut pas assurer sa propre sécurité militaire, qui ne contrôle pas en particulier son espace atmosphérique et cosmique n’est pas indépendant et ne peut pas se développer. Alors que les
minorités privilégiées sont vautrés dans le présent, le cataclysme est nos portes, l’avenir de notre espèce est en danger sans que nous pussions nous en douter.
Deuxièmement, le caractère pernicieux de la propagande mensongère qui voudrait mettre l’Union soviétique et l’Occident sur le même plan apparait clairement : d’un côté l’Allemagne Fédérale, la France, l’Angleterre, les Etats unis, Israël qui dotent sans délais l’Afrique du Sud des armes atomiques capables de mettre en péril notre existence, et de l’autre l’Union soviétique qui donne le signal d’alarme et nous avertit.
Lorsque l’URSS nous aide à repousser l’agression Sud-africaine en Angola, les inconditionnels du néocolonialisme osent parler d’ingérence étrangère, et se lancent sans pudeur dans des développements sophistiqués croyant masquer ainsi le soutien ignoble qu’ils apportent à Pretoria jusque dans les assises de l’O.U.A. et dans des rencontres secrètes comme à Yamoussoukro en septembre 1975.
La libération de l’Angola est la première guerre de civilisation en Afrique noire dans les temps modernes, en ce sens que pour la première fois des blancs sont venue se battre à coté de Noirs contre d’autres blancs pour la simple raison que la cause des premiers est juste.
Plus tard, lorsqu’on établira une nouvelle périodisation de l’histoire universelle en fonction du développement de la civilisation, une étape sera marquée par la coïncidence de la fin des génocides dans le tiers monde avec l’apparition du camp socialiste sur le plan international. L’ingratitude des nègres de service de l’occident ni peut rien.
La bombe de Pretoria est la contribution de l’occident à la construction eurafricaine de Senghor, le grand ami reçoit ainsi sa juste récompense. Ce geste généreux témoigne, on ne peut plus de la sincérité des sentiments de l’occident, et ouvre la voie du progrès dans la complémentarité vers la civilisation de l’universel. Simple accident de parcours. La solidarité, l’union avec l’Occident est plus sacrée que jamais pour Senghor.
Nyerere, cette personnification de la vertu en politique, qui est sur la ligne de feu, apprendra à ses dépens qu’on ne pose pas de questions « saugrenues » à l’Occident devant Senghor.

DESSEINS, MOYENS ET COMPLICITES DE PRETORIA
Pretoria, à l’instar d’Israël, veut légitimer son existence de fait par l’établissement d’un équilibre de la terreur, en compensant l’infériorité numérique par la suprématie technologique appuyée sur les armes nucléaires de destruction massive, sur les armes bactériologiques et chimiques. Cela paraît possible car avant même la libération totale du continent, l’Occident qui ne s’est pas remis de la décolonisation en cours, a vu nettement tout le parti qu’il pouvait tirer d’un soutien de Pretoria. On reprend d’une main ce qui a échappé de l’autre, assurant ainsi la pérennité de ses intérêts en Afrique par Pretoria interposée : le continent serait pris à revers.
L’opération devrait pour réussir devancer la prise de conscience et la radicalisation des masses africaines, et bénéficier, en outre, du soutien inconditionnel des nègres de service, travaillant ainsi à l’anéantissement de leur propre espèce, soit par cécité politique, soit par complaisance comme s’ils étaient habités par des âmes de parias.
L’Occident dote Pretoria d’une panoplie nucléaire propre à nous volatiliser, cela n’est point une ingérence étrangère, on ferme les yeux là-dessus et l’on exige à grands cris qu’on nous laisse régler nos problèmes entre Africains, c’est-à-dire avec l’Afrique du Sud ainsi équipée.
Le processus d’élimination de nos peuples qui est à l’oeuvre jusque dans nos relations internationales est aussi violent que celui qui a conduit à l’extinction des certaines espèces dans la nature ; la situation est d’autant plus périlleuse que cette forme de violence n’est pas perceptible au premier abord.
L’Afrique du Sud a probablement essayé le bacille de la peste bubonique sur les populations namibiennes il y a trois ans. L’épidémie eut le temps de faire 107 morts si je ne m’abuse ; l’expérience était concluante.
Nous avons donné ci-dessus la liste des pays dont Pretoria bénéficie de la duplicité. L’Allemagne Fédérale, en particulier a mis à la disposition de Vorster, par l’intermédiaire de la firme STEAG, l’information technologique permettant de construire la bombe atomique la plus difficile à réaliser (celle à l’uranium 235) et ne nécessitant pas l’acquisition d’une pile atomique. Il se trouve que dans l’état actuel de la technologie nucléaire, seul ce type de bombe peut servir d’amorce à une bombe thermonucléaire ; c’est-à-dire à hydrogène. Pretoria accède donc virtuellement à la capacité nucléaire et thermonucléaire.
La complicité occidentale est prouvée aussi par les prétendus vols de matières fissiles c’est-à-dire pouvant servir à la construction de bombes atomiques. Ainsi un inconnu aurait volé une cargaison d’uranium enrichi appartenant à la communauté européenne ; et on ajoute que ces centaines de tonnes d’uranium ont été très probablement transportées en Israël.
De même le 5 Aout 1977, la 1ère chaine de Télévision Française annonçait dans son édition de 20 heures que les américains venaient de constater la disparition de 690 kg d’uranium et d’une tonne et demie de plutonium, de quoi fabriquer un minimum de 100 bombes atomiques. Le lendemain, la même chaine annonçait que ces chiffres étaient dérisoires par rapport aux quantités de matière réellement disparues. En effet, une première enquête a révélé qu’un poids total de 3600 tonnes de plutonium a disparu depuis trente ans et une commission du Sénat a été créée pour poursuivre l’enquête.
A moins de préférer nous retrancher dans le rêve sécurisant, nous devons admettre que toutes ces quantités de matières fissiles sont arrivées à bonne destination ; elles ne se sont pas volatilisées dans les magasins du premier Etat policier du monde. Donc à un certain niveau, quelqu’un, un lobby, a nécessairement fermé les yeux pour ne pas voir partir les cargaisons.
L’incidence de ces vols « organisés » sur notre sécurité est que Pretoria disposerait des quantités de matières fissiles qui lui sont militairement indispensables pour fabriquer une centaine de bombes atomiques bien avant la mise en service de ses centrales nucléaires. C’est bien ce que nous disions dans le 1er numéro de SIGGI
Le voyage de Vorster en Israël, lors de la conférence arabo-africaine tenue à Dakar en 1976, laisse supposer qu’Israël aussi a probablement fourni à l’Afrique du Sud des matières fissiles et des informations technologiques sur la mise au point des détonateurs de bombes atomiques à détonation par implosion, c’est-à-dire un dispositif qui doit s’escamoter par commande pour
permettre aux deux moitiés de la masse critique d’entrer en collision afin que celle-ci éclate au lieu et au moment voulu sur les matériaux constitutifs de l’enceinte de la bombe, des réflecteurs de neutrons, sur les procédés de miniaturisation, etc. etc.
Les premiers essais de lancement de fusées pratiqués par Prétoria en Namibie, il y a quelques années, furent lamentables : de véritables pétards mouillés ; mais depuis, la duplicité occidentale aidant, les choses ont changé. Il faut s’attendre à ce que Pretoria construise sous licence des versions appropriées de fusées américaines.
Ainsi, avant 1990, si rien ne vient entraver son développement, Pretoria sera capable d’équiper 100 fusées à ogives nucléaires, de quoi tenir en respect les grandes agglomérations africaines que sont :Kinshasa, Lusaka, Dar-es-Salam, Kampala, Mogadiscio, Addis-Abeba, Djibouti, Khartoum, Ndjamena, Niamey, Bamako, Brazzaville, Ibadan, Lagos, Kano, Cotonou, Lomé , Abidjan, Monrovia, Freetown, Conakry, Nouakchott, Ouagadougou, Dakar etc, etc ……
Il ne suffirait que de 17 bombes.
A l’état actuel de la technologie, la précision de tir est déjà fantastique : pas plus de quinze mètres d’écart de l’objectif visé. Donc les obus nucléaires font mouche maintenant ; cela veut dire que, si l’on effectuait un tir de routine aujourd’hui depuis Pretoria, une ogive nucléaire pointée sur la Présidence de la République à Dakar tomberait au moins à l’intérieur des grilles. Mais Pretoria ne viserait pas la demeure des gens qu’elle estime ; elle prendrait plutôt pour cible les quartiers populaires de Grand Dakar, de Pikine etc.
D’autre part, si nous laissons à Pretoria de temps de s’équiper d’armes nucléaires, le problème des abris atomiques en Afrique Noire tout en passant au premier plan des nécessités, sera insoluble. Il ne faut pas se faire des illusions, l’Afrique du Sud s’organise pour résister à l’ensemble du continent. En décembre 1965, un bombardier Sud-africain est tombé dans les eaux territoriales sénégalaises. Le pilote et le copilote, repêchés par nos gardes côte, demandèrent à rejoindre un bateau hollandais qui par miracle se trouvait dans les parages. On ne les conduisit même pas à terre pour les interroger, on les amena gentiment à bord du bateau de leurs ancêtres et ils partirent.

ISRAËL : UN ENNEMI DE L’AFRIQUE NOIRE
La part délibérément prise par Israël dans l’armement de l’Afrique du Sud ne manque pas de surprendre.
Au lendemain de la deuxième Guerre mondiale, toute l’Afrique Noire sympathisait avec les israélites, à cause de l’oppression nazie dont ils ont été victimes. On pensait que ces martyrs devaient être mieux placés que quiconque pour comprendre la situation de tous les peuples qui souffrent encore du racisme, de la colonisation, de l’injustice, et qu’ils ne manqueraient pas de participer à la croisade pour la suppression de la misère et de la souffrance humaine ; qu’ils mettraient désormais tout leur génie au service des peuples qui souffrent et qui luttent pour leur libération, qu’ils seraient la conscience morale du monde. A cause de cela, un climat de confiance instinctive régnait dans le monde noir à l’égard d’Israël
C’est la raison pour laquelle malgré la communauté de religion, la diplomatie arabe a éprouvé tant de difficultés à renverser les alliances politiques des Etats Africains après 1960.
Mais voici qu’Israël chausse les bottes d’Hitler et marche au pas de l’oie à côté de Pretoria, pour détruire les peuples africains chez eux.
C’est vraiment grotesque. Au fond, est-ce la conséquence d’une mémoire historique ? Agirait-on, sans oser se l’avouer, sous l’effet d’un souvenir qui remonte au fond des âges, aux temps bibliques, au temps des premiers contacts de Kam et de Sem, à l’époque où la minorité juive étrangère pliait sous le joug des Pharaons ?
Quoiqu’il en soit, Israël s’est posé délibérément en ennemi objectif de l’Afrique Noire et doit être traité comme tel sans qu’on ait à le confondre avec le juif pris isolément.
Il se peut que l’évolution future du monde ne lui donne pas raison avec cette résurgence du nazisme partout en Occident. C’est dans ces nouvelles conditions que nous devons envisager la coopération arabo-africaine.
Je définirai les bases culturelles, scientifiques et économiques de cette coopération dans le cadre d’un prochain article.
Le succès de l’entreprise de Pretoria engendrerait un renversement du cours des événements : l’immigration nazie en Afrique Australe reprendrait de plus belle et dans quelques années ce serait la vraie guerre d’élimination du Noir, à partir d’incidents de frontières avec l’Angola, le Mozambique, le Zimbabwe, etc, etc … Et de proche en proche, on rééditerait en Afrique Noire l’expérience du peuplement des Amériques par des colons occidentaux. Ainsi quand tous les présidents bourgeois gentilshommes auront fini de transformer les Etats Africains en propriétés privées, en instruments de promotion littéraire, en moyens d’obtention de distinctions bidon de toutes sortes , quand ils auront satisfait toutes leurs lubies et qu’ils auront cessé d’occuper le devant de la scène, lorsque, regorgeants du sang du peuple , telles des sangsues translucides, ils se seront retirés parmi leurs tristes « trophées » hétéroclites, le voile se déchirera , les dramatiques réalités apparaîtront dans leur nudité tragique.
Les problèmes africains arrivent à maturité et le peuple abandonné à lui-même, diverti pendant des années par des saltimbanques, doit les résoudre par ses propres moyens ou disparaître.
Le temps du Président « m’as-tu-vu », gratifié d’un trône de petit roi nègre, pour service rendu à l’impérialisme est révolu.
L’heure des difficultés quasi insurmontables a sonné, l’heure des problèmes qui se posent en terme de vie ou de mort pour toute l’espèce.
Encore un peu de complaisance des mass medias, que l’on continue à encenser ici et là le petit roi nègre du coin, au lieu de passer outre et d’intégrer correctement le peuple, et dans quelques années, nous serons tous dans le gouffre : ces thuriféraires font penser au marin qui monte sa malle sur le pont quand la galère est en train de couler.

UN IMPERATIF : CREER UNE ARMEE CONTINENTALE
Devant ce danger nucléaire, quelle est la voie du salut pour l’Afrique Noire ?
C’est le problème de survie de notre espèce qui est posé en termes aigus, en termes nucléaires à partir de Pretoria. Il dépasse de loin le niveau des combines des inconditionnels africains et appelle des solutions de masse à l’échelle du continent. Seule une intégration de type fédéral, à partir de l’initiative des masses, de tous nos moyens politiques, économiques et militaires peut nous assurer le triomphe. En particulier une armée continentale, dotée de moyens d’intervention appropriés, efficaces seule, peut faire face au danger à condition qu’elle entre en lice immédiatement.
Toute la population de l’Afrique Australe : hommes, femmes, enfants, à partir de treize ans, doit subir un entraînement militaire coûte que coûte, dans les pays voisins, et recevoir immédiatement après des armes portatives, efficaces. Toute la population de l’Afrique Australe doit être armée dans les meilleurs délais. Une éducation politique systématique pour que l’ensemble des travailleurs africains ruinent sans délais l’économie Sud-Africaine par des grèves illimitées. Un climat d’insécurité totale, entretenu par la guérilla, doit régner immédiatement en Afrique du Sud. Le soutien du camp socialiste doit être recherché.

GUERRE IMMEDIATE
Une guerre immédiate, quel que soit notre état d’impréparation est, à tout prendre, l’entreprise la moins onéreuse pour éliminer le danger Sud-Africain. C’est la première étape. Attendre, cela reviendrait à accepter la guerre atomique dans une vingtaine d’années environ. Nous vaincrions, mais le sacrifice serait bien plus lourd et pourrait atteindre quelques millions d’âmes. De toute façon, le jeu en vaudrait la chandelle, car Pretoria en tant que bastion de l’Apartheid disparaitrait. Ce serait une deuxième étape. La troisième consisterait à louvoyer, à rechercher la cohabitation jusqu’à ce que Pretoria après une longue période d’Immigration, étouffe, ou fait semblant d’étouffer à l’intérieur de ses anciennes frontières, telle l’Allemagne nazie, et décide avec la complicité de l’Occident, d’agrandir son espace vital, en appliquant une solution de type tasmanien, c’est-à-dire en détruisant l’élément « aborigène ».
LA BOMBE ATOMIQUE : UN SECRET DE POLICHINELLE
Les Etats Africains doivent réviser, sans retard, les accords de vente de matières fissiles à l’Occident qui les transforme en armes d’anéantissement de nos peuples et met celles-ci au service de l’Afrique du Sud.
De toute façon l’Afrique Noire relèvera le défi atomique de Pretoria pour sa survie.
La bombe atomique est un secret de polichinelle et l’Occident n’est pas la seule source d’information et d’approvisionnement en matières fissiles dans le monde. Tout le monde peut fabriquer des armes chimiques et bactériologiques, même sous un hangar, seule la volonté politique a manqué jusqu’ici.
En particulier, l’Association Mondiale des Chercheurs Négro-africains, dont je suis le Président s’entendra avec des Etats africains appropriés pour les doter de la capacité nucléaire dans des délais
non prohibitifs. L’Afrique ne répondra pas à Pretoria par des lamentations ou des jérémiades. Les Africains ne doivent pas être gagnés par le pessimisme.
Ils doivent sortir de la léthargie, de la somnolence intellectuelle ; ils doivent savoir que des solutions positives applicables existent, mais à condition que chacun comprenne à temps que l’enjeu, c’est la survie de notre espèce, que le temps des facilités ou des illusionnistes est révolu, et que pour survivre, il faut tourner le dos à ceux-ci.
Il existe deux philosophies politiques : il y a les peuples ancrés, vautrés dans le présent, le moment fugitif et les peuples tendus vers le futur pour lesquels tout instant présent est déjà tombé dans le passé
Ceux-ci ont toujours dominé ceux-là dans les temps modernes.
Il est temps de vivre le futur pour mieux organiser le présent. Seule la voie de la capacité scientifique, de la riposte efficace est salutaire. Prenons là, il est encore temps, nous sommes à la croisée des chemins.

Pr CHEIKH ANTA DIOP

Article paru dans TAXAW en 1977

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